Le ministère de l’Agriculture, de l’Élevage et du Développement rural a pris part, le 30 octobre 2026, à une table ronde consacrée au rôle des femmes dans la protection de l’environnement, organisée à la salle Arambo, dans le 2e arrondissement de Libreville, sur le thème « Femmes au cœur de la gouvernance environnementale ». Représenté par Chimène Michelle Milendji Koumba, conseillère technique chargée des activités du monde rural auprès du ministre Pacôme Kossy, il a participé aux échanges sur les risques sanitaires liés aux pesticides et sur la promotion d’une agriculture durable. Derrière ce rendez-vous se pose une question de fond : les agricultrices gabonaises sont-elles réellement protégées ?
Les femmes, premières exposées parce que premières à produire
Placer les femmes au centre du débat n’a rien d’anodin. Selon l’Organisation internationale du travail, citée par un responsable de la FAO au Gabon, les femmes rurales africaines produisent 80 % de la nourriture et assurent l’essentiel du stockage, du transport et de la vente. Le même responsable rappelle qu’au Gabon, ce sont aussi elles qui nourrissent quotidiennement leur famille. Leur implication est également forte dans la transformation des produits agricoles.
Plus elles sont présentes dans les champs, plus elles sont exposées aux produits qui y sont épandus. Et comme leur activité relève le plus souvent du secteur informel, leur contribution reste difficile à mesurer, tout comme les risques sanitaires auxquels elles s’exposent.
Un cadre légal existe, son application reste en question
Le Gabon ne manque pas de règles. La loi n°040/2018 du 28 décembre 2018 encadre l’usage des produits phytosanitaires. Elle crée une autorité de protection chargée notamment d’établir la liste nationale des produits agréés et de contrôler les conditions d’achat, de conservation et d’utilisation. Ce texte a succédé à des arrêtés plus anciens, datant de 2010 et 2015, et à une période où une sénatrice déplorait l’absence de réglementation nationale.
Mais les textes ne suffisent pas. Les autorités elles-mêmes ont reconnu des dérives : un responsable du secteur a évoqué une mauvaise utilisation des pesticides par certains agriculteurs, y compris ceux qui exportent vers le Gabon. Autour de Libreville et d’Owendo, une étude sur le maraîchage périurbain s’est penchée sur des exploitations de 0,08 à 0,4 hectare et sur les pesticides qui y sont employés. Il s’agit de petites parcelles, souvent cultivées par des femmes, où la formation et les équipements de protection sont loin d’être acquis.
Sensibiliser, oui, mais pas seulement
La sensibilisation des femmes rurales, au cœur de la table ronde, constitue un premier pas nécessaire. Elle ne règle pourtant pas tout : savoir qu’un produit est dangereux ne change rien si l’on n’a accès ni à une alternative, ni à du matériel de protection, ni à un contrôle de ce qui se vend. La FAO cite d’ailleurs l’accès au crédit bancaire et la maîtrise du foncier parmi les leviers permettant de renforcer les agricultrices.
Produire davantage et produire mieux, comme l’affirme le ministère : l’objectif est juste. Mais il se mesurera à une seule chose : la capacité de l’État à faire appliquer sur le terrain, jusque dans les petits champs des agricultrices, une loi en vigueur depuis 2018.




