Aller au contenu

Flash info

Afrique centrale : la société civile veut relier l'alerte précoce à la décision régionale

Et si l’alerte précoce devenait un véritable instrument stratégique de paix ? Réunis en ligne le 22 octobre à l’appel de la COPAC, avec la CEEAC, l’UNOCA, le WANEP et la société civile des 11 États d’Afrique centrale, les participants se sont fixé un objectif : relier, d’ici un an, l’alerte précoce citoyenne au mécanisme régional MARAC, pour que chaque signal déclenche une réponse.

5 min de lecture
Partager :
Afrique centrale : de l’alerte précoce à l’action

A Libreville, et en ligne « Faire taire les armes en Afrique centrale : état des lieux, défis et réponses régionales concertées ». C’est autour de ce thème que la Coalition des Organisations de la Société Civile pour la Paix et la Prévention des conflits en Afrique Centrale (COPAC) a tenu, jeudi 22 octobre, un webinaire de haut niveau, en partenariat avec la Commission de la CEEAC, le Bureau régional des Nations Unies pour l’Afrique centrale (UNOCA) et le Réseau Ouest-Africain pour l’Édification de la Paix (WANEP).

Diffusée sur Zoom et YouTube, la rencontre a mobilisé 64 personnes et entités, dont 53 inscrits en ligne. Les 11 États membres de la CEEAC étaient représentés, ainsi que la diaspora en Belgique, en France et au Royaume-Uni. Le message central est clair : une alerte n’a de valeur que si elle déclenche une réponse.

Une région sous tension, des mécanismes à relier

Le contexte justifie l’urgence. Fin 2024, l’espace CEEAC comptait 11,2 millions de personnes déplacées, selon le HCR. L’est du Tchad accueille plus de 900 000 réfugiés soudanais. Et 10 des 11 États membres sont classés « fermés » ou « entravés » pour l’espace civique (CIVICUS, 2024).

Modérés par M. Jean Félix NZENGUE BOULENDE, les travaux se sont ouverts sur l’allocution de M. Robert MABALA, Président de la COPAC. Il a rappelé que la société civile n’est pas un simple observateur, mais un acteur stratégique de la prévention et de la médiation, souvent premier relais de dialogue dans les localités reculées.

Au nom du Représentant spécial du Secrétaire général des Nations Unies, Mme Léocadie NAHISHAKIYE Conseiller politique (UNOCA) a insisté : l’alerte précoce ne suffit pas, elle doit déboucher sur une action, avec des responsabilités établies.

Le Dr Daniel Pascal ELONO, Directeur des Affaires politiques de la Commission de la CEEAC, a présenté une architecture régionale dense (COPAX, MARAC, FOMAC, CEMAC, CIRGL). Il en a salué les succès, comme le recul de la piraterie dans le golfe de Guinée. Il en a aussi pointé les limites : dépendance aux financements extérieurs, chevauchement des mandats et partage insuffisant du renseignement.

Coordonnateur régional de la COPAC, le Dr Gervais ONDO a présenté le système d’alerte NEWRS. De janvier 2024 à juillet 2025, ses 13 moniteurs ont documenté et vérifié 276 incidents dans 7 pays. En tête : violences basées sur le genre, violences physiques, catastrophes naturelles et attaques armées.

Enfin, Mme Nora Da-do AMEDZENU-NOVIEKOU (WANEP) a partagé l’expérience ouest-africaine : 15 secrétariats nationaux, 300 moniteurs et un partenariat avec la CEDEAO depuis 2002. Sa leçon : un système d’alerte se juge moins à ce qu’il produit qu’à sa capacité à influencer la décision.

Dix recommandations, une priorité

Les échanges, nourris à l’oral comme dans le chat, ont abouti à dix recommandations. Les réseaux de femmes médiatrices, notamment le RENAFEM-GA, la COCAFEM/GL, la WILPF et le REDAC, ont été parmi les plus actifs. Parmi les principales demandes :

•          Institutionnaliser le partenariat CEEAC–COPAC par un protocole d’accord et un protocole opérationnel NEWRS–MARAC, avec des interlocuteurs désignés.

•          Organiser une rencontre stratégique COPAC–CEEAC avant début 2027, puis une concertation trimestrielle avec l’UNOCA.

•          Étendre NEWRS aux 11 États, en priorité la RCA et le Tchad, et mieux former et protéger les moniteurs.

•          Informer les moniteurs et les communautés de la suite donnée à leurs alertes.

•          Intégrer les femmes médiatrices aux mécanismes régionaux, au titre de la résolution 1325, au-delà d’une présence symbolique.

•          Garantir les libertés d’association, de réunion et d’expression et protéger les défenseurs des droits humains.

•          Inscrire l’éducation à la paix dans les systèmes éducatifs et préparer la relève des jeunes.

•          Financer durablement le plan d’action 2025–2027 de la COPAC (4 axes, 32 activités).

Le constat partagé tient en une phrase : les mécanismes existent, il faut désormais les relier.

Une feuille de route sur douze mois

Les partenaires ont pris des engagements concrets. La COPAC vise la signature, avec la CEEAC, d’un protocole opérationnel NEWRS–MARAC dans les douze mois. L’UNOCA poursuivra son plaidoyer pour faire de la COPAC un véritable partenaire de la CEEAC. Le WANEP reste disponible pour un appui technique.

Le calendrier proposé s’articule en quatre temps :

1.        Novembre 2026 – janvier 2027 : réunion technique COPAC–MARAC et cartographie des flux d’information.

2.        Février – avril 2027 : rédaction du protocole et des procédures communes.

3.        Mai – juillet 2027 : signature avec la CEEAC et test pilote dans 2 ou 3 pays.

4.        Août – octobre 2027 : bilan et ouverture de NEWRS aux quatre pays non couverts (Congo, RCA, São Tomé-et-Príncipe, Tchad).

Un échange de suivi avec les partenaires est prévu d’ici fin janvier 2027.

« Protéger collectivement » la paix

Pour les organisateurs, prévenir coûte moins cher que réagir. L’étude Nations Unies – Banque mondiale Pathways for Peace (2018) estime qu’un effort accru de prévention permettrait d’économiser entre 5 et 70 milliards de dollars par an.

Comme l’a rappelé l’UNOCA, la paix ne se décrète pas : elle se prépare, se construit et se protège collectivement. En clôture, le Président de la COPAC a remercié le Gouvernement gabonais, l’Union européenne et l’ensemble des partenaires. Il a invité tous ceux qui partagent cet engagement à rejoindre la coalition, pour que la société civile devienne « véritable architecte de la paix en Afrique centrale ».

Encadré : Le webinaire en chiffres : 11 États sur 11 représentés · 64 personnes et entités mobilisées sur Zoom - Youtube et Facebook· 4 institutions co-organisatrices · 10 recommandations · 276 incidents documentés par NEWRS (janv. 2024 – juil. 2025).

Partager :

Salem Media sur WhatsApp

Recevez l'essentiel de l'actualité du Gabon, nos reportages et nos vidéos directement sur votre téléphone.

Rejoindre la chaîne →

À lire aussi

Diplomatie : Rencontre entre le vice-président du Gouvernement gabonais, Hermann Immongault, et le président russe Vladimir Poutine, le 29 octobre 2026 à Moscou.
International

Gabon–Russie : Moscou au cœur d'une nouvelle stratégie économique

Au troisième Sommet Russie–Afrique, organisé les 28 et 29 octobre 2026 à Moscou, le Gabon a réaffirmé sa volonté de diversifier ses partenariats internationaux. Représenté par le vice-président du Gouvernement, Hermann Immongault, Libreville entend transformer son rapprochement avec la Russie en opportunités économiques concrètes, en privilégiant les investissements productifs, le transfert de technologies et la transformation locale de ses ressources naturelles.

Marie-Claire Ndong ·

Le président russe Vladimir Poutine et son homologue burundais Évariste Ndayishimiye, président en exercice de l'Union africaine
International

Sommet Russie–Afrique 2026 : Moscou redessine ses alliances africaines

Réunis à Moscou les 28 et 29 octobre 2026, les dirigeants russes et africains ont placé la coopération économique, la sécurité et la souveraineté au cœur de leurs échanges. Dans un contexte de recomposition des équilibres internationaux, ce troisième sommet révèle les ambitions de la Russie sur le continent, mais aussi les attentes d'une Afrique déterminée à diversifier ses partenariats.

Jean Pierre Mbadinga ·