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Paul Malekou : « Être ministre, c'est servir son pays, pas se servir »

Ministre en 1968, Paul Malekou, l'un des derniers témoins des premières années du Gabon indépendant, livre son regard de sage sur le remaniement du 11 octobre 2026 et ses conseils aux ministres entrants et sortants.

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Paul Malekou, ancien ministre (1968).
Paul Malekou, ancien ministre (1968). © Salem Media

L'Entretien du Sage

Il est l'un des derniers témoins des premières années du Gabon indépendant. Ministre en 1968, Paul Malekou a vu passer les gouvernements et les époques. Après le remaniement du 11 octobre 2026 opéré par le Président Brice Clotaire Oligui Nguema, le doyen livre son regard de sage, entre mémoire et conseils aux nouvelles générations. Entretien.

SALEM MEDIA : Monsieur le Ministre, vous avez été ministre en 1968, aux premières heures du Gabon indépendant. Nous venons de vivre, le 11 octobre dernier, un remaniement avec des entrants et des sortants. Avec votre expérience, quelle est votre première lecture ? Est-ce un simple ajustement ou un véritable tournant ?

Paul Malekou : Vous savez, j'ai vu beaucoup de gouvernements dans ma vie. De 1968 à aujourd'hui, c'est près de soixante ans d'histoire politique. Alors, quand je vois ce remaniement, je ne m'inquiète pas. Il n'y a pas lieu de s'inquiéter des décisions prises par le Président Brice Clotaire Oligui Nguema.

Un remaniement n'est jamais le fruit du hasard. Après dix mois d'exercice, le Chef de l'État a observé, il a écouté le peuple, il a jugé l'action sur le terrain. Passer de 30 à 33 membres, ce n'est pas un simple jeu de chaises. C'est une volonté d'être plus efficace, de coller aux attentes des Gabonais. Le Président ajuste son équipe comme un entraîneur le fait à la mi-temps, pour gagner le match du développement.

SALEM MEDIA : Vous avez connu l'exercice du pouvoir à une époque où tout était à construire. Quel regard portez-vous sur ceux qui entrent et ceux qui sortent ? Qu'est-ce qui fait un bon ministre, un ministre qui dure ?

Paul Malekou : En 1968, nous n'avions rien. Pas de routes, pas d'écoles partout, pas d'administration forte. Nous avions seulement la volonté de servir. C'est cela qui fait un bon ministre : ce n'est ni le portefeuille qu'on vous confie, ni le véhicule, ni les honneurs. De plus, à l'époque, quand on changeait de gouvernement, les nouveaux ministres suivaient les lignes déjà tracées. Il faut que l'accent soit de nouveau mis sur la continuité du service public, pour le bon fonctionnement de la machine étatique.

Ceux qui entrent doivent comprendre qu'ils ne sont pas arrivés : ils sont envoyés en mission. Et ceux qui sortent doivent comprendre qu'ils n'ont pas échoué : ils ont servi leur temps. Un bon ministre, c'est celui qui laisse une trace, même petite, dans la vie d'un village, dans la vie d'un citoyen. Celui qui comprend que le fauteuil ministériel est un tabouret emprunté : on s'assoit, on travaille, et on le rend. L'histoire ne retient que ceux qui ont servi, pas ceux qui se sont servis.

SALEM MEDIA : Si vous aviez un conseil de sage, de doyen, à donner aux nouveaux ministres qui viennent d'entrer, et un mot pour ceux qui sont sortis, quel serait-il ?

Paul Malekou : Mon conseil est simple, je le donne comme un père à ses enfants.

À ceux qui entrent : soyez humbles. Écoutez le peuple plus que les louanges. Ne vous enfermez pas dans vos bureaux climatisés à Libreville. Allez à l'intérieur du pays, touchez du doigt les réalités. Et surtout, soyez unis : un gouvernement divisé, c'est un pays divisé. Votre jeunesse est votre force, mais l'écoute est votre sagesse. Vous devez vous hisser à la hauteur de la confiance que le Président vous a accordée et faire preuve de compétence.

À ceux qui sont sortis : ne soyez pas amers. Le Gabon a encore besoin de vous, autrement. Un ancien ministre reste un soldat de la République. Votre expérience doit servir ailleurs : dans vos familles, dans vos villages, dans vos conseils. Servir son pays ne s'arrête pas à la sortie d'un décret. On sert jusqu'à son dernier souffle.

SALEM MEDIA : Pensez-vous que le Président Brice Clotaire Oligui Nguema est sur la bonne voie ? Quel est votre mot de fin ?

Paul Malekou : Je le pense sincèrement. Il a hérité d'un pays à reconstruire, comme nous en 1968. Il a la volonté, il a l'écoute. On voit ses chantiers, on voit ses efforts pour remettre le pays sur les rails. Il faut lui laisser le temps : on ne juge pas un planteur le jour où il sème, on le juge à la récolte. Changer de gouvernement, c'est bien, mais il faut aussi des moyens pour que le travail se fasse correctement et qu'il y ait des résultats. C'est ce que demandent les Gabonais : des résultats.

Mon mot de fin est un appel à tous les Gabonais : faisons bloc derrière notre pays. Les remaniements passeront, les ministres passeront, mais le Gabon restera. C'est lui que nous devons servir. Je crois au Gabon éternel.

Propos recueillis par Emmanuelle Muraille OBOUNOU

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