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Élections au Brésil 2026 : l’heure du verdict

Dimanche 25 octobre, 158,7 millions de Brésiliens choisiront entre deux noms qui ont dominé vingt ans de vie politique : Lula, 80 ans, en quête d’un quatrième mandat, et Bolsonaro, version fils. À trois jours du second tour, rien n’est joué.

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Élections au Brésil 2026 : l’heure du verdict

Le Brésil revit un film qu’il connaît par cœur, avec un acteur changé. En 2022, Lula avait battu Jair Bolsonaro d’un cheveu. Cette fois, l’ancien président, aujourd’hui en prison, se bat par procuration. C’est son fils aîné, le sénateur Flávio Bolsonaro, 44 ans, qu’il a désigné comme héritier par une lettre en décembre.

Et l’héritier a créé la surprise. Pour la première fois, un Bolsonaro est arrivé en tête d’un premier tour face à Lula.

Un premier tour au coude-à-coude

Le 4 octobre, Flávio Bolsonaro (Parti libéral, PL) a obtenu 47,03 % des suffrages valides, soit plus de 56 millions de voix. Lula (Parti des travailleurs, PT) a recueilli 45,16 %, soit près de 54 millions de voix.

L’écart, 1,87 point, est le plus faible jamais enregistré entre les deux premiers d’un premier tour au Brésil. Le soir même, Lula a reconnu un résultat « inattendu », tout en se disant sûr de l’emporter « dans les prolongations ».

La participation s’est établie à 78,9 %. Plus de 33 millions d’électeurs ne se sont pas déplacés, soit plus d’un inscrit sur cinq. C’est ce réservoir que les deux camps cherchent désormais à mobiliser.

Deux stratégies, deux Brésil

Lula joue la carte sociale. L’ancien syndicaliste brandit l’amélioration des conditions de travail comme principal étendard. Il défend un jour de repos hebdomadaire supplémentaire et une semaine de travail allégée. Dix jours avant le second tour, il a obtenu l’adoption d’une réforme qu’il portait depuis des mois et qui concerne 14 millions de Brésiliens. Il peut aussi se prévaloir d’un chômage au plus bas historique.

Après le premier tour, Lula a admis que sa campagne avait été la plus « désorganisée » depuis des décennies. Depuis, la gauche s’est remobilisée avec de vastes rassemblements, comme sur l’avenue Paulista à São Paulo.

Flávio Bolsonaro attaque sur le quotidien. Il cible deux préoccupations majeures des Brésiliens : l’insécurité et le coût de la vie. Il accuse Lula de tromper les électeurs pour gagner des voix, et qualifie d’« opportuniste » sa dernière réforme, qu’il a pourtant dû voter au Sénat. Certains économistes lui donnent du grain à moudre : Marcos Mendes, de l’institut Insper, reproche au gouvernement une absence totale de responsabilité budgétaire.

Des sondages dans la marge d’erreur

Flávio Bolsonaro garde un léger avantage, mais l’écart se resserre. Selon Datafolha, il obtiendrait 51 % des voix valides contre 49 % pour Lula, alors que l’écart était de quatre points une semaine plus tôt. Le dernier sondage Quaest, publié le 21 octobre et réalisé après le premier débat, donne 45 % au sénateur et 44 % au président sortant.

Autrement dit, les deux hommes sont à égalité technique. Un seul sondage récent place Lula en tête.

Le premier débat télévisé, le 18 octobre à São Paulo, a tourné au festival d’invectives. Lula a ostensiblement pris ses distances avec son rival, qu’il a traité de « milicien », en allusion à des liens supposés avec des groupes parapoliciers de Rio. Il l’a aussi défié de soumettre ses finances personnelles à un examen avant le vote. Flávio Bolsonaro dément toute implication. Son équipe a de son côté demandé l’annulation de la candidature de Lula pour propagande abusive sur WhatsApp.

Un dernier débat est prévu vendredi 23 octobre sur TV Globo, la première chaîne du pays. Il pourrait faire basculer les indécis.

Bien plus qu’une présidentielle

Le scrutin dépasse la seule présidentielle. Les élections générales du 4 octobre ont aussi renouvelé le Congrès et les assemblées des États. Le 25 octobre, le second tour départagera également les courses de gouverneurs encore indécises.

L’économie reste au cœur du vote. Lula termine son mandat avec un chômage historiquement bas, mais avec des craintes sur le pouvoir d’achat. La sécurité publique, terrain de prédilection de la droite, pèse tout autant.

L’enjeu est aussi international. Une victoire de Lula maintiendrait la distance avec Washington et l’approfondissement des liens avec la Chine. Une victoire de Flávio Bolsonaro ferait basculer le géant sud-américain dans la vague conservatrice qui traverse la région, soutenue par Donald Trump.

Et après dimanche ?

Si Lula l’emporte, il deviendra le premier président brésilien élu quatre fois, et poursuivra une politique sociale qu’il juge portée par la rue. Ses adversaires y voient une dérive budgétaire et une fatigue du pouvoir.

Si Flávio Bolsonaro gagne, le bolsonarisme reviendra au palais du Planalto quatre ans après la défaite du père. Ses partisans y voient un vote de rupture sur la sécurité et l’économie. Ses opposants redoutent le retour d’une famille dont le chef purge une peine de prison.

Une chose est sûre : avec un écart aussi mince, chaque voix comptera. Et le Brésil, déjà coupé en deux en 2022, risque de se réveiller lundi tout aussi divisé.

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