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Education et Formation

MBAL Éducation alerte sur la crise de la lecture et propose une solution innovante

Jean Félix NZENGUE BOULENDE
19 juillet 2026
7 min de lecture
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MBAL Éducation alerte sur la crise de la lecture et propose une solution innovante

Présentés à Libreville, les résultats de l’étude conduite par MBAL Éducation dressent un tableau préoccupant de la maîtrise de la lecture chez les élèves concernés par l’enquête. Au total, 1 443 élèves issus de treize établissements scolaires de l’Ogooué-Ivindo ont été évalués.

Selon les données communiquées par l’organisation, 1 209 élèves rencontrent des difficultés de lecture, soit 83,8 % de l’échantillon évalué. Plus préoccupant encore, plus de la moitié des élèves concernés seraient considérés comme « non-lecteurs », c’est-à-dire ne disposant pas encore, selon les critères retenus par l’étude, d’un niveau suffisant pour lire de manière autonome.

Ces résultats, s’ils concernent un échantillon géographiquement circonscrit et ne peuvent à eux seuls être extrapolés à l’ensemble du système éducatif gabonais, soulèvent néanmoins une question fondamentale : combien d’enfants poursuivent aujourd’hui leur scolarité sans maîtriser suffisamment la lecture pour apprendre efficacement ?

La lecture, socle de tous les apprentissages

La lecture constitue l’un des principaux socles de l’apprentissage. Bien au-delà des cours de français, elle conditionne la capacité de l’élève à comprendre un énoncé de mathématiques, suivre une leçon de sciences, interpréter une consigne, travailler de manière autonome et, plus largement, acquérir de nouvelles connaissances.

Pour MBAL Éducation, les difficultés constatées ne doivent donc pas être considérées comme un problème isolé relevant uniquement de l’enseignement du français. Elles peuvent avoir des conséquences sur l’ensemble du parcours scolaire de l’enfant.

Un élève qui lit difficilement est davantage exposé à des problèmes de compréhension, à l’accumulation de retards dans plusieurs disciplines et à une perte progressive de confiance en ses capacités. Lorsque ces difficultés ne sont pas identifiées et prises en charge suffisamment tôt, elles peuvent contribuer à l’échec scolaire, au redoublement, au décrochage et, à plus long terme, à certaines formes d’exclusion sociale et professionnelle.

L’enjeu dépasse ainsi la seule capacité à déchiffrer des mots. Il touche directement à l’égalité des chances et à la capacité du système éducatif à garantir à chaque enfant l’acquisition des savoirs fondamentaux.

La SARLM, une méthode fondée sur le jeu

Face à cette situation, l’ONG MBAL Éducation propose une réponse pédagogique : la Stratégie d’Apprentissage Rapide de la Lecture MBAL (SARLM).

Présentée comme une méthode adaptée aux réalités d’apprentissage des enfants, la SARLM repose notamment sur le jeu, une progression pédagogique accélérée, la répétition, l’interactivité et la participation active des apprenants.

L’objectif est de rendre l’apprentissage de la lecture plus accessible et plus stimulant, particulièrement pour les enfants qui accusent déjà un retard ou éprouvent des difficultés avec les méthodes classiques.

À travers cette approche, l’élève n’est plus uniquement placé dans une posture d’écoute ou de mémorisation. Il devient acteur de son apprentissage grâce à des exercices progressifs, des activités ludiques et une interaction régulière avec l’enseignant ou l’encadreur.

Des résultats encore à confirmer

Selon les responsables de MBAL Éducation, cette méthode aurait déjà produit des résultats encourageants au cours de différentes expérimentations menées au Gabon ainsi qu’à São Tomé-et-Príncipe.

Ces premiers résultats constituent, pour l’organisation, un argument en faveur d’une expérimentation plus large et davantage structurée de la méthode.

Ils devront toutefois être documentés et confrontés à des évaluations indépendantes permettant notamment de mesurer précisément les progrès obtenus, la durée nécessaire à leur acquisition, leur maintien dans le temps et la possibilité de reproduire les mêmes performances auprès de populations scolaires plus importantes et diversifiées.

MBAL Éducation s’appuie également sur plusieurs témoignages de parents dont les enfants ont participé à des séances utilisant cette approche.

Certains affirment avoir observé une amélioration significative des capacités de lecture de leurs enfants après seulement quelques séances. Ces témoignages concerneraient également des élèves présentant initialement d’importantes difficultés dans l’identification des lettres, l’association des sons, la formation des syllabes ou la lecture de mots et de phrases simples.

Pour les promoteurs de la SARLM, ces retours constituent un signal encourageant quant au potentiel de la méthode, notamment dans le cadre de programmes de remédiation destinés aux élèves en difficulté.

Les témoignages individuels ne sauraient cependant, à eux seuls, constituer une validation scientifique de l’efficacité d’une méthode pédagogique. Ils peuvent en revanche justifier la mise en place d’expérimentations plus rigoureuses, permettant de comparer les progrès réalisés avant et après l’intervention et, éventuellement, avec ceux d’élèves suivant d’autres approches pédagogiques.

Un appel aux pouvoirs publics

Au regard des résultats de son enquête, MBAL Éducation souhaite désormais attirer l’attention des pouvoirs publics et des acteurs du secteur éducatif sur l’ampleur des difficultés constatées.

L’organisation appelle notamment les autorités compétentes à envisager une expérimentation officielle de la SARLM, dans un cadre permettant d’en mesurer objectivement les résultats avant toute éventuelle généralisation.

Mais la réponse au problème de la lecture ne saurait, selon l’ONG, reposer sur une méthode pédagogique unique.

MBAL Éducation plaide également pour le renforcement de la formation initiale et continue des enseignants, l’amélioration des conditions d’apprentissage, une meilleure disponibilité des supports pédagogiques et des livres, ainsi qu’une mobilisation accrue des partenaires techniques, des collectivités, des associations et des familles autour de la promotion de la lecture.

Une telle démarche pourrait notamment permettre de mettre en place des programmes de détection précoce des difficultés, des dispositifs de remédiation et des mécanismes réguliers d’évaluation des compétences fondamentales des élèves.

Des chiffres à lire avec rigueur

Les chiffres rendus publics par MBAL Éducation interpellent. Lorsque 1 209 élèves sur les 1 443 évalués présentent des difficultés de lecture, la question mérite une attention particulière des acteurs du système éducatif.

Toutefois, la portée de ces résultats doit être appréciée avec rigueur. L’étude porte sur treize établissements de l’Ogooué-Ivindo et ne permet donc pas, en l’état des informations disponibles, d’affirmer que 83,8 % de l’ensemble des élèves gabonais connaissent les mêmes difficultés.

Elle constitue néanmoins un signal qui pourrait justifier la conduite d’évaluations plus larges dans plusieurs provinces du pays afin de disposer d’une cartographie nationale fiable des compétences en lecture.

La proposition de MBAL Éducation mérite, dans cette perspective, d’être examinée sur la base de données mesurables.

Si les performances attribuées à la SARLM sont confirmées par des évaluations indépendantes et par des expérimentations conduites sur des échantillons plus importants, cette innovation pédagogique pourrait constituer l’un des outils de remédiation mobilisables pour améliorer les apprentissages fondamentaux.

Une éventuelle généralisation nécessiterait toutefois plusieurs garanties : la définition d’un protocole scientifique d’évaluation, la formation préalable des enseignants, la disponibilité des outils pédagogiques, l’adaptation de la méthode aux différents niveaux scolaires et contextes linguistiques, ainsi qu’un mécanisme de suivi permettant d’évaluer les progrès des élèves dans la durée.

L’enjeu serait donc moins d’opposer une nouvelle méthode aux pratiques existantes que de déterminer, sur la base de résultats vérifiables, quelles approches permettent effectivement aux enfants d’apprendre à lire plus tôt, mieux et durablement.

Apprendre à lire, une priorité nationale

Au-delà des résultats de l’enquête et de la proposition portée par MBAL Éducation, le débat pose une question essentielle pour l’avenir de l’école gabonaise : comment garantir que chaque enfant maîtrise effectivement la lecture au cours des premières années de sa scolarité ?

Car apprendre à lire ne constitue pas simplement une étape du programme scolaire. C’est acquérir l’outil qui permettra ensuite d’apprendre presque tout le reste.

La réponse à cette problématique suppose une mobilisation qui dépasse les murs de la salle de classe. Enseignants, parents, administrations scolaires, collectivités, associations, chercheurs et partenaires du développement ont chacun un rôle à jouer dans la construction d’un environnement favorable à la lecture.

L’étude menée dans l’Ogooué-Ivindo aura au moins permis de remettre cette question au centre du débat éducatif.

Il appartient désormais aux autorités compétentes d’examiner les données présentées, d’en apprécier la méthodologie et, si elles le jugent pertinent, d’engager des expérimentations encadrées permettant d’évaluer la SARLM ainsi que d’autres solutions susceptibles de renforcer l’apprentissage de la lecture.

Car derrière les statistiques se trouvent des élèves dont la capacité à lire, comprendre et apprendre conditionnera une grande partie de leur avenir scolaire et professionnel. Faire de la maîtrise de la lecture une priorité revient ainsi à investir dans le capital humain et dans l’avenir du Gabon.

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