Dakar, 3 juillet 2026 — Le président de la République, Bassirou Diomaye Faye, a franchi un cap décisif dans sa carrière politique en annonçant, ce vendredi, la création de son propre parti politique. Cette initiative, officialisée lors d'une rencontre au Palais de la République en présence de 306 maires de la Coalition Diomaye Président, met fin à des mois de spéculations sur son avenir politique et marque une rupture désormais consommée avec le Pastef, le parti qu'il a cofondé en 2014 et dont il fut le secrétaire général entre 2022 et 2024, aux côtés de son ancien allié et ex-Premier ministre, Ousmane Sonko.
Un projet pour « fédérer les forces » présidentielles
L'annonce présidentielle intervient à l'issue d'une rencontre de près de quatre heures avec les 306 maires de la Coalition Diomaye Président, venus des 14 régions du Sénégal. Selon un communiqué de la coalition, le chef de l'État a exprimé sa volonté « d'avancer vers une unité plus organique des forces politiques l'accompagnant par la création d'un parti politique ». Cette nouvelle formation est destinée à fédérer l'ensemble de ses soutiens en vue des prochaines échéances électorales.
Pour concrétiser ce projet, le président a chargé la superviseure générale de la coalition, Aminata Touré, de mettre en place un comité de réflexion chargé de préparer « dans les meilleurs délais tous les éléments constitutifs » de ce nouveau parti. Selon plusieurs sources proches du dossier, cette future formation s'écarterait de la logique de fusion-absorption qui avait présidé à la naissance du Pastef : chaque allié, ancien comme nouveau, serait appelé à devenir membre fondateur à égalité de statut.
Un contexte de rupture avec Ousmane Sonko et Pastef
Cette décision intervient dans un climat de tensions croissantes entre le président et son ancien allié Ousmane Sonko. Les relations entre les deux hommes, qui avaient incarné un tandem politique historique ayant conduit le Pastef au pouvoir en 2024, se sont progressivement dégradées. Les divergences, cristallisées autour de la conduite de l'action gouvernementale et d'une proposition de révision constitutionnelle, ont abouti à l'éviction de Sonko de la primature en mai 2026.
Élu depuis président de l'Assemblée nationale, Ousmane Sonko demeure à la tête d'une importante majorité parlementaire et a été investi candidat du Pastef pour la présidentielle de 2029 lors du premier congrès du parti, le 6 juin 2026. Dès décembre 2025, la direction du Pastef avait d'ailleurs mis en garde le chef de l'État contre toute tentative de scission, réaffirmant Sonko comme « leader unique ».
Une conséquence de la révision constitutionnelle ?
L'annonce de la création d'un parti présidentiel survient dans un contexte institutionnel particulier. Le 29 juin 2026, l'Assemblée nationale a adopté, à l'unanimité des 129 députés présents, une révision constitutionnelle portée par des députés du Pastef, qui prévoit notamment l'interdiction pour le président de la République de diriger simultanément un parti politique ou une coalition. Le gouvernement avait tenté, sans succès, de faire supprimer cette disposition par voie d'amendement ; à la suite du vote, le ministre de la Justice a annoncé que le texte serait soumis à référendum.
Cette disposition, si elle est confirmée par les électeurs, pourrait avoir des implications sur la nature et le fonctionnement de la nouvelle formation que souhaite créer Bassirou Diomaye Faye. Les partisans de la réforme y voient une avancée vers une plus grande neutralité de la fonction présidentielle, tandis que ses détracteurs estiment qu'elle vise avant tout à contenir l'influence du chef de l'État face à une Assemblée nationale et un Premier ministre aux prérogatives élargies.
Un tournant majeur pour le paysage politique sénégalais
La création de ce nouveau parti par le chef de l'État pourrait redessiner les équilibres politiques du pays et transformer le paysage issu de l'ancien attelage Pastef. Cette initiative marque l'autonomie politique du président vis-à-vis de la formation qui l'a porté au pouvoir et ouvre une nouvelle phase de recomposition des forces politiques issues de la mouvance présidentielle. Plusieurs organisations, comme le Mouvement des Femmes d'Action, ont d'ailleurs annoncé leur ralliement à la future formation dès le lendemain de l'annonce présidentielle.
La coalition « Diomaye Président », qui avait porté sa candidature victorieuse à l'élection présidentielle de mars 2024, voit désormais son avenir questionné. Si le président a jusqu'ici pu s'appuyer sur cette coalition, la création d'un parti politique structuré autour de sa personne pourrait modifier en profondeur les modalités de son action politique et de sa gouvernance.

