Un calendrier électoral fixé, mais déjà fragilisé
La Commission électorale nationale indépendante (CENI) a annoncé, en avril 2025, la tenue des élections présidentielles, législatives et municipales pour le 16 décembre 2028. La feuille de route prévoit un recensement des électeurs entre septembre 2025 et septembre 2026, suivi d’une campagne électorale en novembre-décembre 2028. Le président de la CENI, Denis Kadima, a affirmé vouloir agir de manière « proactive et rigoureuse », tirant les leçons des retards passés.
Ce calendrier apparaït pourtant aujourd’hui menacé. Le président Félix Tshisekedi, au pouvoir depuis 2019 et réélu en 2023 pour un second mandat de cinq ans, a clairement conditionné l’organisation du scrutin à la résolution du conflit dans l’Est du pays.
L’hypothèse d’un troisième mandat
Le 6 mai 2026, lors d’une conférence de presse à Kinshasa, Félix Tshisekedi a ouvert la porte à un troisième mandat, pourtant interdit par la Constitution congolaise, qui limite à deux le nombre de mandats présidentiels.
« Je n’ai pas sollicité de troisième mandat, mais si le peuple souhaite que j’aie un troisième mandat, j’accepterai. »
— Félix Tshisekedi, président de la République démocratique du Congo, 6 mai 2026
Le chef de l’État a précisé qu’un tel changement ne pourrait intervenir qu’après consultation du peuple par référendum. En RDC, toute révision constitutionnelle peut être soumise au référendum sur convocation du président, ou adoptée à la majorité des trois cinquièmes du Parlement. L’Union sacrée, coalition présidentielle majoritaire, y dispose d’une large représentation, rendant ce scénario techniquement envisageable.
La guerre à l’Est comme justification d’un report
La crise sécuritaire constitue le principal motif avancé pour un éventuel report du scrutin. Les rebelles du M23, largement soupcçonnés d’être soutenus par le Rwanda voisin, ont pris le contrôle de vastes zones du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, dont les villes stratégiques de Goma et Bukavu.
« Si nous ne parvenons pas à mettre fin à cette guerre, malheureusement, nous ne pourrons pas organiser les élections en 2028. »
— Félix Tshisekedi
Le président a également exclu toute organisation du scrutin sans la participation des provinces du Nord et du Sud-Kivu. Il a justifié cette position en établissant un parallèle avec d’autres pays en situation de guerre, notamment l’Ukraine — une comparaison qui a suscité de vives critiques. Tshisekedi a par ailleurs accusé le Rwanda de tirer profit du pillage des ressources minérales congolaises et de faire obstruction aux efforts de paix. Un accord de paix avait été signé en décembre 2025 à Washington sous l’égide des États-Unis, mais les combats persistent.
Des enjeux économiques et géopolitiques de premier plan
Les élections à venir ne se jouent pas uniquement sur le terrain politique et sécuritaire. Les ressources minières de la RDC, parmi les plus riches du monde, sont au cœur des tensions. L’accord signé avec les États-Unis en décembre 2025 inclut une contrepartie économique : garantir l’approvisionnement de l’industrie américaine en minéraux stratégiques.
Félix Tshisekedi a également révélé que Washington exigeait des réformes judiciaires nécessitant une révision constitutionnelle, affirmant que certains partenaires internationaux soutiendraient cette démarche.
Une opposition affaiblie mais mobilisée
L’opposition congolaise, affaiblie par des défaites électorales successives depuis 2024, accuse le président Tshisekedi de manœuvrer pour prolonger son pouvoir au-delà des limites constitutionnelles. Le chef de l’État s’en défend, se présentant comme un recours imposé par les circonstances plutôt que comme un dirigeant cherchant à s’accrocher au pouvoir.
La communauté internationale observe avec attention l’évolution de la situation, alors que la présidentielle de 2028 s’annonce comme l’un des scrutins les plus décisifs de l’histoire récente du pays. La convergence entre crise sécuritaire, intérêts économiques et stratégies politiques internes place la RDC à un carrefour institutionnel déterminant.

