Une échéance diplomatique sans lendemain ?
Le 15 juillet 2026 devait marquer un tournant. C'était la date butoir évoquée par le secrétaire d'État américain Marco Rubio pour espérer voir les troupes rwandaises se retirer de l'est de la République démocratique du Congo. Un an après la signature des Accords de paix de Washington, le 27 juin 2025, l'ultimatum américain n'a pas été suivi d'effet. Aucun désengagement des Forces de défense rwandaises (RDF) n'a été officiellement constaté dans les zones contrôlées par l'AFC/M23.
Au contraire, les combats se sont intensifiés dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Les hauts plateaux de Fizi et Mwenga ont été le théâtre d'affrontements d'une rare violence les 4 et 5 juillet, avec recours à des drones armés et à l'artillerie lourde dans des zones habitées. La perspective d'un règlement durable semble s'éloigner, tandis que la crise humanitaire s'aggrave, compliquée par une épidémie d'Ebola qui progresse dans la région.
Les Accords de Washington : des engagements non tenus
L'accord de paix signé sous l'égide des États-Unis prévoit des engagements réciproques : le Rwanda doit lever ses « mesures défensives », un processus incluant le retrait de ses forces du territoire congolais ; la RDC doit neutraliser les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), un groupe armé rwandais hostile à Kigali.
Un an plus tard, le constat est amer. Le 24 juin 2026, lors de la sixième réunion du Comité conjoint de supervision à Londres, les parties ont réaffirmé leurs engagements, mais les faits sur le terrain racontent une tout autre histoire. La RDC dénonce la poursuite des attaques de la coalition armée rwandaise et du M23, l'occupation de territoires congolais et l'installation d'administrations parallèles.
Le rapport du Secrétaire général de l'ONU est sans ambiguïté : les attaques attribuées à l'AFC/M23 se poursuivent avec le soutien des Forces de défense rwandaises, en violation grave de la souveraineté congolaise. Le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme, Volker Türk, a dénoncé une escalade qui « tue, blesse et déplace des civils ».
L'ultimatum américain : une crédibilité en jeu
Le 15 juillet est passé sans avancée visible, révélant les difficultés à traduire les engagements diplomatiques en actes concrets. L'accord de Washington ne prévoit pas de sanctions automatiques en cas de non-respect par l'une des parties, ce qui affaiblit considérablement son pouvoir de contrainte.
Le député congolais Joseph Nkoy, élu du territoire de Katako Kombe et rapporteur adjoint de la Commission défense et sécurité de l'Assemblée nationale, appelle les États-Unis à « tirer toutes les conséquences » de cette situation. Pour lui, le maintien des forces rwandaises dans l'Est traduit une attitude de mépris vis-à-vis de la communauté internationale.
Le parlementaire estime qu'il est temps pour Washington de faire respecter ses propres engagements : « Nous ne pouvons pas accepter qu'à l'heure actuelle, au XXIe siècle, il y ait un dirigeant africain qui se comporte en un tyran, au mépris de toutes les instances internationales, de tous les accords bilatéraux et multilatéraux ».
La position de Kigali reste ferme. Le Rwanda conditionne son retrait à des avancées concrètes de la RDC dans la neutralisation des FDLR, qu'il considère comme une menace existentielle directe. Ce groupe armé, fondé par d'anciens responsables du génocide des Tutsis de 1994, n'a jamais renoncé à son objectif de renverser le gouvernement rwandais.
Le processus de Doha : une solution ou un alibi ?
Parallèlement aux discussions entre Kinshasa et Kigali, le processus de Doha associe le gouvernement congolais et le M23 sous la médiation du Qatar, des États-Unis, de la Suisse et de l'Union africaine. Ce volet intercongolais est présenté comme un complément indispensable aux Accords de Washington.
Pour Jeanette Gasirabo, chercheuse congolaise et activiste des droits humains, les Accords de Washington sont condamnés sans un accord parallèle à Doha entre l'AFC/M23 et Kinshasa. Selon elle, la crise est d'abord interne à la RDC : « C'est le mécontentement au sein du Congo qui provoque les tensions interétatiques, pas l'inverse ». Elle souligne un point crucial : Kinshasa ne peut être crédible dans la neutralisation des FDLR tant qu'elle reste engagée militairement contre le M23, car les FDLR ont été réactivées précisément parce qu'elles étaient utiles dans ce combat.
Cette analyse est corroborée par les observations de la MONUSCO, selon lesquelles l'armée congolaise est alliée, dans certaines localités, aux FDLR pour combattre le M23. Kinshasa aurait ainsi transformé un conflit local en une crise de sécurité régionale en armant des groupes hostiles au Rwanda voisin.
Une crise humanitaire aggravée par les combats et l'épidémie
L'intensification des combats intervient alors que l'est de la RDC fait face à une épidémie d'Ebola qui continue de s'étendre dans les provinces du Nord-Kivu et de l'Ituri. Pour les agences humanitaires, la guerre menace directement la riposte sanitaire. Le coordinateur des secours d'urgence des Nations Unies a déclenché une mobilisation exceptionnelle de 60 millions de dollars pour accélérer la riposte en RDC et renforcer les préparatifs dans les pays voisins.
Les combats ont provoqué des déplacements massifs de populations, des pertes en vies humaines et une détérioration des conditions de sécurité dans la région. Les Nations Unies redoutent un nouvel embrasement régional, avec des déplacements vers les pays voisins et de nouvelles violations des droits humains, notamment des exécutions sommaires et des violences sexuelles liées au conflit.
Conclusion : la paix à quel prix ?
À ce stade, les signaux sont contradictoires. D'un côté, les mécanismes diplomatiques restent en place : le Comité conjoint de supervision se réunit régulièrement, le processus de Doha se poursuit, et les médiateurs américains, qataris et africains restent engagés. Les parties ont réaffirmé à plusieurs reprises leur engagement à la désescalade.
De l'autre, les violations persistent. Aucun retrait des troupes rwandaises n'a été observé, les combats s'intensifient, l'épidémie d'Ebola progresse dans une région déjà dévastée, et la confiance entre les parties semble plus que jamais hypothéquée.
La crédibilité de la communauté internationale est en jeu. Les États-Unis, qui ont placé leur autorité diplomatique derrière les Accords de Washington, devront choisir entre l'escalade des pressions et l'acceptation d'un échec qui affaiblirait leur influence dans la région des Grands Lacs.
Pour la RDC et le Rwanda, les enjeux sont existentiels. Kinshasa défend son intégrité territoriale ; Kigali se protège d'une menace génocidaire qu'il juge toujours active. Sans une solution qui aborde les racines du conflit à la fois interétatiques et internes à la RDC, les accords de paix risquent de rester des lettres mortes. Le chemin vers la paix est encore long, et chaque jour de combat l'éloigne un peu plus.

