Un scrutin inédit sous la Cinquième République
Le premier tour de l’élection présidentielle est fixé au 11 ou 18 avril 2027, le second tour au 25 avril ou 2 mai 2027. L’échéance s’ouvre dans un contexte politique exceptionnel. Pour la première fois depuis l’instauration du quinquennat, le président sortant est constitutionnellement empêché de se représenter. Emmanuel Macron, élu en 2017 et réélu en 2022, ne peut exercer un troisième mandat consécutif en vertu de la révision constitutionnelle de 2008.
Cette vacance du camp présidentiel, combinée à l’instabilité gouvernementale des deux dernières années — trois Premiers ministres en moins de deux ans (Barnier, Bayrou, Lecornu) — a libéré un espace politique considérable. Plus de trente candidatures déclarées ou putatives ont déjà été répertoriées, un record sous la Cinquième République. Le scrutin de 2027 s’annonce comme le plus ouvert depuis 2002.
Le RN domine : Bardella en tête, Le Pen en suspens
Dans l’ensemble des sondages publiés depuis le début de l’année 2026, le Rassemblement national arrive largement en tête des intentions de vote au premier tour. Jordan Bardella, président du parti depuis 2022, est crédité d’environ 35 % selon le baromètre Ifop-Fiducial de juin 2026. Sa dynamique est orientée à la hausse, gagnant deux points par rapport au mois de mai.
Marine Le Pen, candidate déclarée depuis septembre 2023, se situe quant à elle autour de 33 % des intentions de vote. Mais son avenir électoral dépend d’une décision judiciaire imminente. Condamnée en mars 2025 pour détournement de fonds publics avec exécution provisoire de son inéligibilité, elle a fait appel. Le jugement de la cour d’appel de Paris est attendu le 7 juillet 2026. Si son inéligibilité était confirmée, Jordan Bardella serait officiellement investi candidat du RN.
« Marine Le Pen sera fixée sur son sort le 7 juillet. Le cas échéant, c’est Jordan Bardella qui sera le candidat du Rassemblement national. »
— LCP – Assemblée nationale, 23 juin 2026
Le bloc central fragmenté : Philippe, Attal, Lecornu
L’espace du centre-droit et du centre est le plus fragmenté. Édouard Philippe, président d’Horizons, est entré en campagne dès septembre 2024. Il se stabilise autour de 18 à 20 % des intentions de vote selon les configurations, et apparaît dans plusieurs sondages comme le seul candidat capable de battre le RN au second tour. Cependant, il refuse toute participation à une primaire.
Gabriel Attal, ancienne figure de la majorité macroniste, est crédité d’environ 14 % des intentions de vote. L’hypothèse d’une double candidature Philippe-Attal dans le bloc central inquiète leurs partisans : elle pourrait, selon plusieurs instituts de sondage, permettre à Jean-Luc Mélenchon de se qualifier au second tour en bénéficiant de la division des voix centristes. Sébastien Lecornu, Premier ministre en exercice, reste pour l’heure en retrait, bien que présent dans certains sondages.
La droite républicaine : Retailleau candidat, le camp divisé
Les Républicains ont désigné Bruno Retailleau comme leur candidat officiel le 19 avril 2026, à la suite d’un vote des adhérents. Crédité d’environ 10 % des intentions de vote, il cherche à incarner une droite républicaine à l’écart du RN et du macronisme. Son premier meeting de campagne, à Paris, a été organisé en juin 2026.
Mais l’unité du camp est loin d’être acquise. Gérald Darmanin, Laurent Wauquiez et David Lisnard ont plaider pour une primaire élargie. Xavier Bertrand et Édouard Philippe la refusent. Michel Barnier a proposé un projet de coalition programmatique intitulé « Bâtir ensemble » pour tenter de rassembler droite et centre sur un programme commun.
La gauche : Mélenchon incontournable, union improbable
Jean-Luc Mélenchon a confirmé fin mai 2026 sa candidature pour la quatrième fois consécutive. Il oscille entre 12 et 15 % selon les configurations, demeurant le leader naturel de la gauche radicale sans parvenir à créer de dynamique de rassemblement plus large.
Raphaël Glucksmann (Place publique), crédité de 9 à 11 %, incarne l’alternative d’une gauche non-mélenchoniste. Il a tenu un meeting à Aubervilliers le 13 juin 2026 sans encore officialiser sa candidature, attendant le soutien du Parti socialiste. Olivier Faure, premier secrétaire du PS, a soumis à ses adhérents une proposition de primaire interne avant le 9 juillet 2026, sans consensus dégagé.
La gauche unitaire a annoncé l’organisation d’une primaire pour le 11 octobre 2026, regroupant Marine Tondelier (Écologistes), François Ruffin (Debout), Clémentine Autain et Benjamin Lucas. Mais Mélenchon, Glucksmann et le PCF ont refusé d’y participer, rendant l’union de la gauche très incertaine.
Intentions de vote au 1er tour — Baromètre agrégé (juin 2026)
Candidat
1er tour (moy.)
Bloc / Parti
Statut
Jordan Bardella
~35 %
Rassemblement national
Candidat déclaré (si Le Pen inéligible)
Marine Le Pen
~33 %
Rassemblement national
Candidat— appel jugement 7 juil.
Édouard Philippe
~18 %
Horizons (centre-droit)
Candidat déclaré (sept. 2024)
Gabriel Attal
~14 %
Renaissance (centre)
Candidature possible
Jean-Luc Mélenchon
~13 %
La France insoumise
Candidat déclaré (mai 2026)
Raphaël Glucksmann
~12 %
Place publique / PS
Non déclaré officiellement
Bruno Retailleau
~10 %
Les Républicains
Candidat déclaré (avr. 2026)
Sources : Ifop-Fiducial, Elabe, Toluna Harris Interactive, Odoxa (mai-juin 2026). Moyennes agrégées. Les sondages ne constituent pas une prévision du résultat électoral.
Les grands enjeux du scrutin
La présidentielle de 2027 se jouera sur plusieurs déterminants : la situation économique et sociale, notamment le pouvoir d’achat et la dette publique à laquelle François Bayrou a consacré un livre d’alerte ; les politiques migratoires et sécuritaires ; la place de la France dans les crises internationales — conflit en Iran, guerre en Ukraine. La transition énergétique et le financement de l’action climatique constituent également un axe de divergence profond entre candidats.
La montée des usages de l’intelligence artificielle dans la campagne constitue une nouveauté : des études récentes soulignent qu’un tiers des utilisateurs ayant échangé avec un agent conversationnel sur des sujets électoraux auraient changé d’avis, soulevant des questions inédites de régulation de l’information à l’approche du scrutin.
Chiffres clés
1er tour prévu : 11 ou 18 avril 2027 — second tour : 25 avril ou 2 mai 2027
Candidatures recensées : > 34 — un record sous la Cinquième République (précédent : 16 en 2002)
RN au 1er tour : ~35 % — intentions de vote (Bardella) — baromètre Ifop-Fiducial, juin 2026
Décision judiciaire Le Pen : 7 juillet 2026 — arrêt de la cour d’appel de Paris sur l’inéligibilité
Primaire gauche unitaire : 11 octobre 2026 — annoncée hors LFI, Glucksmann et PCF

