Tchibanga, 13 juillet 2026 : Alors que le Gabon affiche l'un des revenus par habitant les plus élevés d'Afrique, la province de la Nyanga, à l'extrême sud du pays, présente un visage contrasté de misère et de potentiel inexploité. Un chiffre, glissé au détour de la page 19 du Rapport national sur le développement humain (RNDH 2026), résume cette réalité : plus de 77 % des ménages de la province vivent sous le seuil de pauvreté, soit plus de trois personnes sur quatre.
Présenté le 3 juillet 2026 à Libreville par le ministère de la Planification et de la Prospective, avec l'appui du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), ce document de 219 pages est le premier du genre publié depuis vingt ans. Le magazine Gabonreview qualifie ce chiffre de « plus violent » du rapport, d'autant qu'il n'y fait l'objet d'aucun développement particulier, ni d'une reprise dans les recommandations de politique publique.
Ce taux contraste violemment avec la moyenne nationale, où la pauvreté touche environ un tiers de la population (33,4 %) selon l'Enquête gabonaise pour l'évaluation et le suivi de la pauvreté (EGEP II), dont 8,2 % en situation d'extrême pauvreté. Dans la seule Nyanga, près de la moitié des habitants (48 %) seraient considérés comme « très pauvres », et 29,3 % vivraient dans une pauvreté « extrême ». Un gouffre sépare cette province de la capitale, Libreville, où le taux de pauvreté avoisinerait 20 %.
La « malédiction » des richesses naturelles
Le paradoxe est saisissant. La Nyanga est pourtant une terre regorgeant de ressources naturelles : fer, marbre, potasse, pétrole et une vaste forêt font de son sous-sol un véritable trésor. Pourtant, cette richesse ne profite pas encore à ses habitants. La province attirerait moins de 1 % des investissements nationaux, et sa contribution au PIB du Gabon resterait modeste, freinée par un manque criant d'infrastructures et une industrialisation encore balbutiante.
Le RNDH 2026 et le Plan national de croissance et de développement (PNCD) 2026-2030 pointent un modèle de développement resté très centralisé. L'activité économique, les emplois qualifiés et les services de pointe, notamment en santé, demeurent concentrés dans la province de l'Estuaire, autour de Libreville. Cet abandon relatif des provinces, qualifié de « double multiplicateur de crise » par le rapport, alimenterait un exode rural massif, vidant la Nyanga de ses forces vives et de son potentiel productif.
Un espoir controversé : le corridor minier
Face à ce constat, le gouvernement a placé ses espoirs dans le développement d'un vaste corridor minier articulé autour de trois projets : le fer de Milingui, porté par Havilah Mining Gabon pour un investissement global estimé à près de 600 milliards FCFA, la potasse de Mayumba et le marbre de Doussiégoussou, dont l'usine de transformation, portée par Marmion Minerals, doit démarrer sa production dès septembre 2026. L'ambition est de faire de la Nyanga un hub minier de l'après-pétrole, avec des prévisions de recettes de 100 milliards de FCFA dès 2026 et la création de 6 000 à 7 000 emplois directs et indirects.
Cependant, ce projet suscite autant d'espoir que de craintes. L'arrivée de capitaux extractifs massifs dans une zone aussi économiquement fragile fait planer le risque d'une « économie d'enclave », qui enrichirait les opérateurs sans transformer la vie des 77 % de ménages pauvres de la province. Comme le soulignent plusieurs médias, le défi majeur reste celui de la justice distributive : la population, désormais plus attentive, exigera que les retombées de ces projets soient tangibles et profitent au développement local, sous peine de générer de fortes tensions sociales.
Conclusion
La situation de la Nyanga est un révélateur brutal des inégalités qui minent le Gabon. La province, longtemps restée en marge des politiques de développement, possède les atouts pour sortir de la pauvreté, mais le chemin est semé d'embûches. La réussite des projets miniers, conditionnée à une gouvernance transparente et à une redistribution équitable, déterminera si la Nyanga pourra enfin rompre avec ce cycle de désillusion.

