Le 29 juillet 2026, le Gabon et la Guinée équatoriale ont franchi une étape décisive dans la résolution de leur contentieux territorial vieux de plus d'un demi-siècle. La signature d'un « Accord d'engagement conjoint » à Addis-Abeba, en marge de la 49ᵉ session ordinaire du Conseil exécutif de l'Union africaine, scelle désormais l'application pacifique de l'arrêt rendu par la Cour internationale de Justice (CIJ) le 19 mai 2025.
Un arrêt historique fondé sur le droit colonial
La CIJ avait alors attribué la souveraineté des îles de Mbanié, Cocotiers et Conga à la Guinée équatoriale, en se fondant sur le principe de l'uti possidetis juris : le titre juridique détenu par l'Espagne au moment de l'indépendance de la Guinée équatoriale en 1968, établi par le traité franco-espagnol de 1900, a été transmis à Malabo par succession. Le Gabon, qui s'appuyait sur la « convention de Bata » de 1974, a vu son argumentation écartée, la Cour estimant que ce document ne constituait pas un titre juridique valable.
Bien que de taille modeste (Mbanié ne fait qu'une trentaine d'hectares), ces îlots de la baie de Corisco revêtent un enjeu stratégique majeur en raison des ressources pétrolières et gazières potentielles de leurs eaux adjacentes. Le point le plus critique du conflit remonte à août 1972, lorsque l'armée gabonaise avait établi une présence militaire permanente sur l'île de Mbanié, présence maintenue jusqu'à l'arrêt de la CIJ.
Une mise en œuvre négociée sous l'égide de l'UA
Après l'arrêt, les présidents Teodoro Obiang Nguema Mbasogo (Guinée équatoriale) et Brice Clotaire Oligui Nguema (Gabon) se sont rencontrés dès le 14 février 2026 à Addis-Abeba, en marge de la 39ᵉ session de la Conférence des chefs d'État de l'UA, pour réaffirmer leur engagement à appliquer la décision par la voie du dialogue. La médiation a été facilitée par le président de la Commission de l'UA, Mahmoud Ali Youssouf, qui a désigné l'ambassadeur Albert Shingiro comme envoyé spécial pour accompagner les négociations.
La cérémonie de signature du 29 juillet 2026 a été paraphée par le ministre équato-guinéen des Affaires étrangères, Simeón Oyono Esono Angue, et par Dieudonné Aba'a Owono, président du Conseil constitutionnel gabonais, en présence du président de la Commission de l’UA.
Des déclarations qui scellent la réconciliation
Les deux parties ont insisté sur la portée politique et historique de cet accord. Le ministre équato-guinéen a déclaré : « Nous avons la responsabilité historique de démontrer que deux États voisins peuvent exécuter une décision judiciaire internationale avec sérénité, responsabilité et bonne foi. L'Afrique nous regarde. Le monde nous regarde. »
Son homologue gabonais a souligné que cet accord représente « un acte de confiance mutuelle et un engagement politique fort pour la préservation de la paix en Afrique centrale », tandis que le président de la Commission de l'UA a salué un exemple du « choix du dialogue sur la confrontation et du respect de l'État de droit sur l'usage de la force ».
Au-delà de la souveraineté : les défis à venir
L'accord d'Addis-Abeba ne se limite pas à l'entérinement de l'arrêt de la CIJ. Il établit un cadre de travail pour les prochaines étapes, notamment la délimitation des frontières maritimes et terrestres – un enjeu crucial pour l'accès aux ressources ainsi que l'instauration d'un suivi régulier entre experts des deux capitales. Cette démarche, saluée par l'Union africaine comme un exemple pour le continent, ouvre la voie à une nouvelle ère de coopération entre les deux pays d'Afrique centrale, tout en posant une question plus large sur la place des héritages coloniaux dans le droit international contemporain.

