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Économie & Business

Filière bois au Gabon : le pari de la haute transformation à l'épreuve des normes européennes

Jean Félix NZENGUE BOULENDE
11 juillet 2026
3 min de lecture
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Filière bois au Gabon : le pari de la haute transformation à l'épreuve des normes européennes

Libreville : C'est une mutation silencieuse mais radicale qui s'opère dans les zones industrielles de l'arrière-pays gabonais. Alors que le pays célèbre cette année le seizième anniversaire de l'interdiction d'exportation des grumes brutes une décision pionnière prise en 2010 pour forcer la transformation locale, la filière forêt-bois du Gabon franchit un nouveau cap stratégique. L'objectif n'est plus seulement de transformer le bois sur le territoire national, mais de capter les segments les plus lucratifs de la chaîne de valeur mondiale.

À la Zone Économique Spéciale (ZES) de Nkok, le poumon industriel du secteur, les scieries traditionnelles laissent progressivement place à des unités de production de parquet, de menuiserie haut de gamme et de bois lamellé-collé. « Le Gabon ne vend plus seulement du bois, il vend de la durabilité, de la technicité et de la traçabilité », résume un cadre de la Fédération Interprofessionnelle de la Filière Forêt-Bois du Gabon (FIFB).

Ce virage vers la haute transformation est aujourd'hui précipité par l'approche d'une échéance décisive : l'entrée en application du règlement européen sur la déforestation (EUDR), initialement prévue fin 2024 puis reportée à deux reprises. Après ces ajustements successifs, le texte s'appliquera à compter du 30 décembre 2026 aux grandes et moyennes entreprises, et à partir du 30 juin 2027 pour les micros et petites structures. Il exigera une traçabilité géolocalisée jusqu'à la parcelle d'origine pour tout bois mis sur le marché européen.

Si cette réglementation représente un coût de mise en conformité estimé à plusieurs milliards de francs CFA pour les opérateurs, elle agit surtout, aux yeux des professionnels du secteur, comme un formidable filtre protecteur pour le Gabon. Fort d'un couvert forestier estimé à 88 % du territoire et d'un taux de déforestation parmi les plus faibles d'Afrique, le pays dispose d'un avantage comparatif majeur à l'approche de cette échéance. Les essences locales, comme l'okoumé ou l'ozigo, certifiées FSC (Forest Stewardship Council), sont devenues des valeurs refuges pour les acheteurs européens et asiatiques en quête de matériaux « zéro déforestation ».

Pour répondre à cette demande de produits finis, les industriels ont dû revoir leurs plans d'investissement. En 2025, le secteur a attiré près de 150 millions d'euros d'Investissements Directs Étrangers (IDE), principalement destinés à la modernisation des outils de production et à la recherche et développement (R&D).

Le défi reste toutefois de taille du côté des ressources humaines. La montée en gamme exige une main-d'œuvre qualifiée une pénurie que le gouvernement tente de résorber via des partenariats avec des centres de formation technique et des écoles d'ingénieurs locales, soutenus par le programme « Gabon Industriel 2030 ».

Selon les autorités du secteur, le taux de transformation locale des grumes exploitées dépasserait aujourd'hui 60 %, contre moins de 20 % avant la réforme de 2010 une progression significative, même si les goulots d'étranglement logistiques continuent de freiner l'envolée des exportations de produits finis. Le coût de l'énergie et les infrastructures de transport, notamment la saturation ponctuelle du Transgabonais et les capacités d'empilage du port d'Owendo, pèsent sur la compétitivité-prix des produits gabonais face à la concurrence asiatique.

Face à ces défis, l'État gabonais a annoncé la semaine dernière la création d'un fonds de garantie de 50 millions d'euros, destiné à soutenir les PME de la filière dans leurs projets d'extension et de certification environnementale. Une bouffée d'oxygène pour un secteur qui, loin de se contenter d'exploiter sa forêt, entend désormais peser sur la définition des standards du bois écologique à l'échelle continentale.

 

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