Femmes au gouvernement : « un recul », selon la députée Justine Judith Lekogo

Dix mois après la mise en place du gouvernement, le remaniement du 11 octobre 2026 porte l'effectif de l'équipe gouvernementale à 33 membres, contre 30 précédemment. Mais quelle place les femmes occupent-elles réellement dans cette nouvelle architecture ? Interrogée par Salem Média, la députée Justine Judith Lekogo estime que la représentation féminine recule et appelle à dépasser la question des chiffres pour garantir aux femmes un accès effectif aux postes de décision.

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Femmes au gouvernement : « un recul », selon la députée Justine Judith Lekogo

Entretien réalisé par Emmanuelle Obounou et Jean Félix Nzengue Boulende

Salem Média : Le gouvernement a été remanié le 11 octobre 2026, près de dix mois après sa mise en place. Quelle lecture faites-vous de ce remaniement ?

Justine Judith Lekogo : Je voudrais d’abord saluer la formation de ce nouveau gouvernement et souhaiter plein succès à l’ensemble de ses membres. La nomination d’un gouvernement est toujours un moment important dans la vie d’une nation, parce qu’elle suscite des attentes et des espoirs. Mais au-delà des nominations, les Gabonais attendent des résultats concrets : l’accès à l’eau et à l’électricité, des emplois et de meilleures conditions de santé. C’est sur sa capacité à répondre à ces préoccupations que cette nouvelle équipe sera jugée.

SM : Ce nouveau gouvernement compte neuf femmes sur 33 membres, soit environ 27 % de l’effectif. Peut-on parler d’un recul de la représentation féminine ?

JJL : Oui, on peut parler d’un recul, car je ne parlerai pas de progrès au regard des niveaux de représentation féminine que le Gabon a déjà connus. Vers 2019, la proportion des femmes au gouvernement se situait autour de 32 %, et pouvait parfois atteindre 35 %. Aujourd’hui, nous sommes autour de 27 %. Cela montre que la présence des femmes dans les sphères de décision n’évolue pas nécessairement comme nous le souhaitons. Lors du Dialogue national, nous avions évoqué une représentation de 50 %. Notre ambition ne devrait donc pas se limiter à un seuil minimal de 30 %, mais viser une participation plus importante des femmes à la gouvernance.

SM : Au-delà du nombre, les femmes disposent-elles de portefeuilles ministériels suffisamment stratégiques pour peser sur les décisions publiques ?

JJL : C’est une question essentielle. Au-delà du nombre, je m’intéresse à la répartition des responsabilités. Les femmes gabonaises ont démontré leurs compétences dans de nombreux domaines, notamment l’économie, les finances publiques, le droit, les infrastructures et la gestion des entreprises. Elles doivent pouvoir diriger ces secteurs au même titre que les hommes. Nous avons des femmes de qualité dans notre pays et nous avons besoin de les voir davantage au-devant de la scène. La question n’est donc pas seulement de savoir si les femmes sont présentes au gouvernement, mais si elles participent pleinement aux décisions de notre pays.

SM : Le départ de Camélia Ntoutoume Leclercq de l’Éducation nationale et la nomination de Marcelle Ibinga épouse Itsitsa à l’Enseignement technique et à la Formation professionnelle suscitent des interrogations. Comment analysez-vous ces changements ?

JJL : Je ne veux pas remettre en cause le pouvoir de nomination du chef de l’État ni les compétences des nouvelles responsables. Je considère simplement que les nominations et les remaniements doivent être appréciés à l’aune des compétences et des résultats. La promotion des femmes ne doit pas être une simple question de chiffres ou de communication. Elle doit traduire une volonté durable de leur donner accès aux responsabilités et de respecter les engagements en matière d’égalité. Concernant Marcelle Ibinga, elle est enseignante et professeure d’université. Elle connaît donc les réalités du secteur éducatif. Je pense qu’elle dispose de l’expérience nécessaire pour relever les défis de son département ministériel.

SM : Concrètement, qu’est-ce que ce remaniement pourrait changer dans le quotidien des femmes gabonaises, notamment en matière d’éducation, d’emploi et de conditions de vie ?

JJL : Le changement ne dépend pas uniquement du remaniement, mais surtout du travail sur le terrain. Aujourd’hui, nous sommes confrontés à la pauvreté, aux problèmes d’électricité et à la nécessité d’améliorer les conditions d’apprentissage dans les établissements publics. Il faut également améliorer les conditions de travail, aussi bien pour les enseignants que pour les agents de la fonction publique. Nous devons attendre les résultats de cette nouvelle équipe. On juge le maçon au pied du mur. Par ailleurs, il faut donner aux responsables les moyens financiers nécessaires pour atteindre les objectifs qui leur sont fixés. On ne peut pas attendre des résultats si les budgets annoncés ne sont pas effectivement mis à leur disposition.

SM : En tant que députée, quels moyens d’action comptez-vous mobiliser pour veiller à une meilleure prise en compte des femmes dans l’action gouvernementale ?

JJL : En tant que députés, nous avons plusieurs moyens d’action. Nous votons les lois, nous examinons les budgets et nous assurons le contrôle parlementaire de l’action gouvernementale. Nous pouvons interroger les membres du gouvernement sur l’exécution de leurs budgets et sur les réponses apportées aux préoccupations des populations. Nous sommes proches des citoyens et nous recueillons leurs difficultés au quotidien. Lorsqu’un problème se pose dans un secteur, nous pouvons adresser des questions au ministre concerné. Nous avons donc un rôle important à jouer, tant dans le travail législatif que dans le contrôle de l’exécutif, afin que les engagements pris se traduisent par des résultats concrets.

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