Jérusalem, 12 juillet 2026, Le 27 octobre 2026, les électeurs israéliens sont appelés aux urnes pour des élections législatives qui s'annoncent comme les plus incertaines depuis des décennies. Si la tenue d'un scrutin à la date prévue constitue déjà un événement peu commun, c'est l'atmosphère de crise institutionnelle et politique qui donne à ce rendez-vous électoral une importance particulière.
Un fait historique : un gouvernement qui achève son mandat
La date du 27 octobre 2026 est inscrite dans la loi depuis avril 2023, fixée par le juge de la Cour suprême Noam Sohlberg, président de la Commission électorale centrale. Ce qui la rend exceptionnelle, c'est qu'elle sera respectée sans dissolution anticipée de la Knesset : pour la première fois depuis 1988, Israël organise des élections législatives à l'issue d'un mandat complet. Le gouvernement de Benyamin Netanyahou, formé en décembre 2022, sera ainsi le premier depuis plus de quarante ans à aller au terme de ses quatre années. Cette stabilité apparente du calendrier contraste avec une instabilité politique chronique : entre 2019 et 2022, le pays avait connu cinq élections en l'espace de trois ans.
Les acteurs et les enjeux : Netanyahou face à ses challengers
Le scrutin revêt les allures d'un référendum sur la personne de Benyamin Netanyahou, 76 ans, au pouvoir depuis près de deux décennies au total. Le chef du Likoud brigue un septième mandat, mais les sondages annoncent une partie serrée, voire une possible défaite de son camp.
● Le bloc au pouvoir : selon les enquêtes d'opinion successives, la coalition sortante Likoud, partis d'extrême droite et ultra-orthodoxes oscille entre 49 et 59 sièges sur les 120 que compte la Knesset, en deçà de la majorité de 61 sièges requise. Conscient de cette fragilité, Netanyahou a évoqué la possibilité de former un « gouvernement national large », plutôt qu'un gouvernement de droite ou dépendant des partis arabes une déclaration qui a suscité des remous jusque dans son propre camp.
● L'opposition : elle reste fragmentée, mais une figure s'impose. Gadi Eisenkot, ancien chef d'état-major et leader du parti Yashar, est crédité de 17 à 23 sièges selon les instituts, certains sondages le plaçant même en tête devant le Likoud une première depuis le début de la campagne. Il apparaît désormais comme le principal rival de Netanyahou. L'ancien Premier ministre Naftali Bennett, à la tête du parti Together (issu de sa fusion avec Yaïr Lapid), reste un autre concurrent de poids, crédité de 12 à 17 sièges.
Selon plusieurs enquêtes récentes, aucun des deux blocs, coalition comme opposition sioniste, ne parvient à réunir seul une majorité claire sans le soutien des partis arabes, ouvrant la voie à une impasse politique et à d'éventuelles négociations de coalition longues et complexes.
Le véritable enjeu : une crise institutionnelle en toile de fond
Au-delà de la compétition pour les sièges, l'élection se déroule dans un climat de tension inédite entre le gouvernement et la Cour suprême, qui pourrait redéfinir les équilibres démocratiques du pays. Le 5 juillet 2026, le Conseil des ministres a voté une résolution refusant de se conformer à une décision de la Haute Cour concernant la Seconde Autorité pour la télévision et la radio, régulateur de l'audiovisuel privé alors privé de quorum légal après la démission de sept de ses quinze membres des départs que plusieurs médias israéliens attribuent à des pressions politiques.
Si l'impact pratique de cette décision reste limité, sa portée symbolique est jugée considérable par de nombreux observateurs, qui y voient un acte de désobéissance inédit envers une institution judiciaire. Le président Isaac Herzog, dont les fonctions sont essentiellement protocolaires, a mis en garde : « désobéir à une décision de justice est une ligne rouge à ne pas franchir sous aucun prétexte ». Naftali Bennett a de son côté averti que le non-respect des décisions de justice pousserait chaque citoyen à se demander à qui il doit obéir. Le gouvernement, par la voix de son secrétaire du Cabinet, a rétorqué qu'il s'agissait d'une « critique sévère » de la décision et non d'un appel à la désobéissance.
Cette confrontation est perçue par plusieurs commentateurs comme un prolongement de la tentative de réforme judiciaire de 2023, mise en suspens après les attaques du 7 octobre, mais qui avait alors provoqué des manifestations massives à travers le pays. Ses partisans y voient une réponse légitime à une Cour jugée trop interventionniste ; ses détracteurs, dont plusieurs anciens juges, dénoncent une manœuvre visant à affaiblir le pouvoir judiciaire, dans un contexte où Netanyahou est lui-même jugé pour corruption.
Des élections sous le signe d'une guerre et d'une crise médiatique
La campagne électorale se déroule alors qu'Israël reste engagé dans un conflit de longue durée à Gaza et sur d'autres fronts régionaux. Le gouvernement, qui a fait des opérations militaires un axe majeur de son discours, est par ailleurs accusé par ses opposants de chercher à renforcer son emprise sur les médias : le différend autour du régulateur audiovisuel survient alors que ce dernier examine justement le projet de rachat d'une chaîne privée jugée critique du gouvernement par un groupe d'investisseurs. Ces tensions interrogent sur l'indépendance du quatrième pouvoir à l'approche du scrutin.
Les élections du 27 octobre 2026 s'annoncent donc comme un tournant, moins pour leur tenue à date fixe que pour l'ampleur des enjeux qu'elles cristallisent. Elles décideront non seulement de l'avenir politique de Benyamin Netanyahou, mais aussi de l'équilibre des pouvoirs et de la solidité des institutions israéliennes.

