Dakar, 4 juillet 2026 — L'annonce, le vendredi 3 juillet 2026, de la création de son propre parti politique par le président Bassirou Diomaye Faye consacre une rupture inédite dans l'histoire politique du Sénégal. Pour la première fois depuis l'indépendance, un chef de l'État en exercice s'affranchit de la formation qui l'a conduit à la magistrature suprême, rompant avec une tradition politique séculaire.
Un précédent qui n'existe pas
L'histoire politique du Sénégal depuis 1960 ne connaît aucun précédent comparable à la décision de Bassirou Diomaye Faye. Les quatre présidents qui l'ont précédé ont tous entretenu avec leur parti d'origine une relation d'une tout autre nature.
Léopold Sédar Senghor, fondateur du Bloc Démocratique Sénégalais (BDS) en 1948, devenu ensuite Union Progressiste Sénégalaise puis Parti socialiste, est resté à la tête de sa formation jusqu'à son départ du pouvoir. Sa démission, le 31 décembre 1980, fut celle d'un président quittant la tête de l'État, non celle d'un chef d'État quittant son parti.
Abdou Diouf, son successeur, a dirigé le Parti socialiste tout au long de son magistère, de 1981 à 2000, cumulant les fonctions de secrétaire général puis de président du parti à partir de 1996. Ce n'est que progressivement, dans les années qui ont suivi sa défaite électorale de 2000 face à Abdoulaye Wade, qu'il s'est retiré de la gestion du parti, laissant la main à Ousmane Tanor Dieng. Jamais il n'a rompu avec le PS durant son mandat présidentiel.
Abdoulaye Wade, fondateur du Parti démocratique sénégalais (PDS) en 1974, est resté le leader incontesté de sa formation pendant ses douze années à la tête de l'État (2000-2012), et bien au-delà de sa défaite électorale.
Macky Sall, président de 2012 à 2024, a créé l'Alliance pour la République (APR) en 2008 et en est resté le président jusqu'à la fin de son mandat. « À l'opposé de son prédécesseur, le président Macky Sall, qui est resté président de son parti, l'Alliance pour la République, de sa création en 2008 à la fin de tout magistère à la tête de l'État, Bassirou Diomaye Diakhar Faye vient de consacrer une première rupture dans sa gouvernance », soulignait déjà un observateur au lendemain de son élection.
Une rupture amorcée dès l'élection
Le geste de juillet 2026 n'est pas une décision soudaine. Dès le 25 mars 2024, au lendemain de sa victoire électorale, Bassirou Diomaye Faye avait quitté le Bureau politique du Pastef, « conformément aux dispositions statutaires encadrant les incompatibilités », tout en restant simple membre de la formation. Le 3 avril 2024, il officialisait sa démission de son poste de secrétaire général du parti, qu'il occupait depuis octobre 2022, « pour mieux [se] concentrer sur [ses] nouvelles fonctions de Président de la République de tous les Sénégalais ».
Ce faisant, il prenait déjà ses distances avec la pratique de ses prédécesseurs, tout en restant dans le giron du Pastef, parti dont il fut l'un des membres fondateurs en 2014 et qu'il a contribué à structurer sur le plan doctrinal et organisationnel, aux côtés d'Ousmane Sonko. La création de son propre parti, deux ans plus tard, parachève ce processus de dissociation.
Un acte aux implications majeures
La décision du président intervient dans un contexte de rupture consommée avec Ousmane Sonko, son ancien allié et ex-Premier ministre, figure centrale du Pastef. Après avoir incarné « un tandem politique historique ayant conduit le Pastef au pouvoir en 2024 », les deux hommes évoluent désormais dans une dynamique d'affrontement.
Cette situation est inédite : jamais un président sénégalais n'a dû composer avec son propre parti d'origine, majoritaire au Parlement, tout en construisant une nouvelle formation politique concurrente. La révision constitutionnelle du 29 juin 2026, qui prévoit l'interdiction pour le président d'exercer simultanément la direction d'un parti, ajoute une dimension institutionnelle à cette première historique.
Une première dans l'histoire politique du Sénégal
Au-delà des ruptures individuelles, c'est un modèle de gouvernance qui s'efface. La tradition voulait que le président de la République soit également le leader naturel de son parti, garantissant une cohérence entre l'exécutif et sa base politique. Bassirou Diomaye Faye choisit l'autonomie : président sans parti, puis président fondateur de son propre mouvement.
Cette décision, saluée par certains comme une « nécessité politique », est dénoncée par d'autres comme une trahison. Quoi qu'il en soit, elle constitue un précédent. Pour la première fois au Sénégal, un président élu sous l'étiquette d'un parti décide, en cours de mandat, de s'en affranchir pour créer sa propre structure politique. L'histoire retiendra que Bassirou Diomaye Faye a été le premier, mais sans doute pas le dernier, à franchir ce pas.

