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Économie & Business

Afrique : les investisseurs reviennent-ils sur le continent malgré les crises ?

Jean Pierre Mbadinga
16 juillet 2026
4 min de lecture
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Afrique : les investisseurs reviennent-ils sur le continent malgré les crises ?

C'est l'un des paradoxes de notre époque. Alors que les crises s'empilent instabilités politiques au Sahel, sécheresses récurrentes dans la Corne de l'Afrique, tensions sécuritaires dans plusieurs régions du continent, les flux d'investissements directs étrangers (IDE) vers l'Afrique repartent à la hausse. Une dynamique portée par une réalité géoéconomique simple : la transition énergétique mondiale ne pourra pas se faire sans les ressources africaines.

Les minerais stratégiques, nouvel or noir du XXIᵉ siècle

Lithium, cobalt, cuivre, manganèse, terres rares… le sous-sol africain concentre une part décisive des matières premières indispensables à la fabrication des batteries, des panneaux solaires et des éoliennes. La République démocratique du Congo fournit à elle seule près de 70 % du cobalt mondial. Le Zimbabwe, le Mali et le Ghana se disputent le marché du lithium. L'Afrique du Sud et la RDC restent des acteurs majeurs du platine et du manganèse.

Face à cette concentration, les grandes puissances ont révisé leur stratégie. L'Union européenne, avec son Critical Raw Materials Act, les États-Unis à travers leur Inflation Reduction Act, mais aussi la Chine historiquement très présente multiplient les accords bilatéraux avec les États africains. L'objectif est clair : sécuriser les chaînes d'approvisionnement face à une demande mondiale qui, selon l'Agence internationale de l'énergie, pourrait quadrupler d'ici 2040 pour certains minerais critiques dans un scénario compatible avec les objectifs de l'Accord de Paris.

Un retour des investisseurs, mais sous conditions

Ce regain d'intérêt ne se traduit pas seulement par des contrats miniers. Il prend la forme de projets intégrés, associant extraction, infrastructures et, parfois, transformation locale. Les grands fonds souverains du Golfe, les banques multilatérales et les consortiums européens financent désormais des « corridors verts » des axes combinant mines, routes, centrales électriques et zones industrielles.

Pourtant, ce retour des capitaux reste sélectif. Les investisseurs privilégient les pays offrant des garanties juridiques stables et des fiscalités attractives, au détriment des États les plus fragiles. Résultat : le continent se retrouve fragmenté entre zones très courtisées et territoires délaissés, accentuant les déséquilibres régionaux.

La transition énergétique africaine : opportunité ou piège ?

C'est ici que le bât blesse. L'Afrique, qui représente 18 % de la population mondiale, ne compte aujourd'hui que pour moins de 5 % des émissions mondiales de CO₂. Pourtant, c'est sur son sol que se jouera une grande partie de la transition énergétique globale.

Deux scénarios s'offrent au continent. Le premier, souvent dénoncé par les ONG et les économistes africains, est celui d'un « extractivisme vert » : des ressources pillées pour décarboner le Nord, tandis que le Sud continue de subir les pires conséquences du dérèglement climatique et reste privé d'un accès universel à l'électricité.

Le second scénario, porté par plusieurs gouvernements africains et des institutions comme la Banque africaine de développement, mise sur une transition souveraine : exiger la transformation locale des minerais, développer les énergies renouvelables endogènes (solaire, hydrogène vert, géothermie) et négocier les partenariats d'égal à égal. L'initiative africaine pour l'hydrogène vert ou le projet de la Grande Muraille verte en sont des illustrations.

L'enjeu climatique, au-delà de la rentabilité

Pour Salem Média, un constat s'impose : le retour des investisseurs en Afrique ne peut être analysé uniquement sous le prisme de la rentabilité économique. Il est, par nature, un enjeu climatique et de justice globale. Les contrats miniers signés aujourd'hui engagent les décennies à venir. Ils détermineront si l'Afrique sera le moteur d'une transition juste, ou la victime consentante d'une écologie à deux vitesses.

La question n'est donc pas seulement de savoir si les investisseurs reviennent. Elle est de savoir comment ils reviennent et surtout, avec qui ils construisent l'avenir énergétique du continent.

📊 À retenir

●      70 % du cobalt mondial est extrait en RDC.

●      La demande en minerais critiques pourrait quadrupler d'ici 2040 (AIE, scénario compatible avec l'Accord de Paris).

●      L'Afrique concentre une large part du potentiel solaire mondial encore inexploité, estimée à environ 60 %.

●      Moins de 5 % des investissements mondiaux dans les énergies propres sont aujourd'hui destinés au continent africain.

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